algérie - La Statue d’Ain Fouara vient d'être saccagée pour la énième fois -1997, 2017, 2018, 2022, 2025
- gherrrabi
- 31 juil. 2025
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Dernière mise à jour : 1 août 2025

La « fait-diversion » raconte un climat politique
Par l’émotion qu’il suscite et l’exploitation qui en est faite, tel ou tel fait divers sert à faire diversionSon inventeur, auteur de l’affirmation selon laquelle « les faits divers, ce sont aussi des faits qui font diversion », est le sociologue Pierre Bourdieu (1930-2002) dans Sur la télévision (Liber Editions, 1996). «Le fait divers, dit-il, c’est cette sorte de denrée élémentaire, rudimentaire, de l’information qui est très importante parce qu’elle intéresse tout le monde sans tirer à conséquences et qu’elle prend du temps, du temps qui pourrait être employé à dire autre chose.»
Si Bourdieu parle de «la télévision» des années 1990, le fond de sa critique peut être transposé sans mal à l’actuel paysage médiatique. La décision d’attribuer plus d’importance à un événement qu’à un autre aboutit selon lui à «cacher en montrant, en montrant autre chose que ce qu’il faudrait montrer si on faisait ce que l’on est censé faire, c’est-à-dire informer». En mettant l’accent sur les faits divers, en remplissant le temps «avec du vide, du rien ou du presque rien, on écarte les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques».
Déjà dégradée en 2017, 2018, 2022, la célèbre statue représentant une femme nue qui orne la fontaine Ain El Fouara, dans le centre de Sétif, a de nouveau été prise pour cible.

La Statue de marbre, « Aïn Fouara » représente une femme nue aux formes délicates et harmonieuses. Elle a été sculptée par l’artiste français, Francis de Saint Vidal, et a été achevée le 26 février 1898. Selon une légende, la jeune femme dont il s’est servi comme modèle était une Française de Sétif. Un jour que la statue était exposée au musée du Louvre, le gouverneur militaire de Sétif tomba en extase devant elle et demanda au sculpteur de l’offrir à Sétif pour en faire une fontaine monumentale.
L’artiste accepta volontiers. La statue entreprit alors un long périple à destination de sa ville d’adoption. Elle partit en juillet 1898 de Paris vers Marseille puis embarqua à bord d’un bateau vers Philippeville (Skikda). Elle fut reçue au port, en grande pompe et fanfare, par de nombreux notables de Sétif. Son destin de sétifienne venait de commencer. De Philippeville, elle fut transportée par les moyens de l’époque jusqu’à Sétif. Le voyage dura plus de dix jours, mais finit en apothéose. Toute la communauté européenne était là pour l’attendre. La curiosité se le disputait à l’admiration. Son sort était scellé. Elle venait de captiver le coeur des Sétifiens toutes communautés confondues. L’architecte franco-italien Francissionni sera chargé du site de son emplacement. Plusieurs artisans de renommée seront mis à contribution pour parachever l’oeuvre de Saint Vidal et dresser la statue et son piédestal sur une fontaine quadriforme, dont chaque bouche se trouve en face d’un point cardinal. Par une journée glaciale de fin d’automne, l’assistance nombreuse vit d’épaisses volutes de vapeur monter de la fontaine, sous l’effet du froid intense ; des voix de Sétifiennes autochtones montèrent : « Fouara, fouara... » (elle fait de la vapeur). Cette femme nue, superstition aidant, allait prendre au fil des ans une valeur incroyable aux yeux non seulement des autochtones mais même des Européens. Surtout parmi les femmes. Celles qui n’avaient encore pas trouvé un mari venaient, sans même s’en cacher, lui demander de leur en ramener un. Et lorsque leurs voeux étaient exhaussés, les femmes revenaient en habits de fête avec youyous, passer du henné sur les mains et les pieds de la belle fée.
Malgré sa totale nudité, Fouara ne choquera pas, Pourtant, elle ne se trouve qu’à une cinquantaine de mètres de la grande mosquée de Sétif. Mais à l’aube d’une journée d’avril 1997, à moins d’une année du centenaire de la statue, le centre de Sétif fut secoué par une forte déflagration. Aïn Fouara avait été dynamitée. Les Sétifiens découvrirent avec une douleur non dissimulée que cette fée qui faisait partie de leur patrimoine, de leur vécu et de leur personnalité, avait été déchiquetée. Ils la pleurèrent, hommes et femmes, comme un être cher. L’identité de ceux qui avaient voulu frapper l’âme même des Sétifiens ne sera jamais connue. En ces temps de troubles et de violence, tout était possible pour lâcher les démons.
Mais c’est grâce aux élèves de l’école des beaux arts, que la statue fut restaurée. C’est à peine si l’on en voit encore quelques cicatrices. Mais, émus par ce qui lui a été infligé, les Sétifiens ne l’en aiment que plus.
30 juillet 2025 - La statue de Ain El Fouara à Sétif de nouveau vandalisée

Décidément, la statue d’Ain Fouara de la ville de Sétif dérange sérieusement les Algériens. Elle vient d’être saccagée pour la énième fois. Mardi soir, en plein centre-ville de Sétif, dans la nuit de mardi à mercredi, vers 22 heures, un homme âgé d’une quarantaine d’années, muni d’un burin et d’un marteau, a a vandalisé le visage de l’œuvre du sculpteur Francis De Saint-Vidal réalisée en 1898 et déplacée à Sétif en 1899.
Toujours, selon les autorités algériennes l’agresseur serait « un déséquilibré mental »

Il a été arrêté par les services de sécurité en train de démolir cette statue. La raison pour laquelle certains veulent le retrait de cette statue, qui date de l’époque coloniale française, est la nudité de la femme sculptée: ses seins sont apparents, ce que la religion musulmane interdit, même s’il s’agit d’une œuvre d’art, estiment les islamistes.

Le comble, c’est que ce genre de comportement, s’en prendre aux statues, est largement encouragé par une bonne partie des Algériens. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les réseaux sociaux pour se rendre compte que la société algérienne est islamiste en majorité. La statue en question, qui se trouve au centre-ville de Sétif, a été restaurée au moins 4 fois en moins de 10 ans. Des islamistes la saccagent systématiquement.
Le 22 avril 1997, la sculpture est victime d'un acte de vandalisme : attaquée à la dynamite, elle est brisée en plusieurs morceaux.
Le 22 avril 1997, la statue d'Ain Fouara, située à Sétif en Algérie, a été vandalisée par une explosion. Cette attaque a endommagé la sculpture, la brisant en plusieurs morceaux. Cependant, la statue a été rapidement restaurée par les habitants de la ville, en seulement deux jours selon certaines sources.
L'événement s'est produit pendant la décennie noire en Algérie, une période de troubles civils. La restauration rapide de la fontaine a été perçue comme un acte de résistance et de préservation du patrimoine culturel de Sétif.
18 Décembre 2017 - Un islamiste algérien dégrade une statue de marbre d'une femme dénudée, ''EL FOUARA'', à Setif

Un islamiste algérien armé d’un marteau et d’un burin a commis un attentat terroriste ce lundi matin contre la statue de la fontaine Ain Fouara, ce monument emblématique de la ville kabyle de Sétif depuis 1898, oeuvre du sculpteur français Francis de Saint-Vidal.
Les dégâts sont visibles, les seins et le visage ont été détruits, sous les yeux des badauds, qui filmaient la scène au lieu d’intervenir pour arrêter ce frustré, pur produit du système algérien.
Pendant ce temps-là, la junte militaire algérienne est en train de réprimer une marche pacifique des étudiants d’une autre ville kabyle, Tuvirett, en procédant à des dizaines d’arrestations.
9 Octobre 2018 - La statue de Ain El Fouara à Sétif de nouveau vandalisée

En octobre 2018, la statue de Ain El Fouara à Sétif a été vandalisée une nouvelle fois. Un jeune homme par un jeune homme de 30 ans qui est monté sur la partie postérieure de la fontaine avec un marteau à la main..
Mardi 6 décembre 2022 - Une indicible tristesse pèse sur la mythique place Ain Fouara, dans le cœur historique de la ville de Sétif, en cette fin de matinée.

Un pâle soleil que recouvre un voile de poussière venue du désert et un vent froid rendent l’atmosphère un peu plus lugubre. La célèbre fontaine aux quatre bouches est barricadée de toute part par des barrières métalliques amovibles qui en interdisent l’accès
Attaque au burin
Talkie-walkie à la main, deux policiers en uniforme montent discrètement la garde à quelques pas du socle de marbre qui porte la statue dont les seins et la main gauche ont été fracassés au burin par un jeune homme en état d’ébriété dans la soirée du vendredi 2 décembre. Arrêté et placé en garde à vue, le jeune homme, âgé de 37 ans, encourt une lourde peine de prison pour destruction de biens publics et état d’ébriété sur la voie publique.
Le monument est dissimulé sous une grande bâche verte qui le recouvre comme un linceul, accentuant encore plus cette impression de scène de crime dont le cadavre n’a toujours pas été évacué.
D’ordinaire joyeuse et animée, la place s’est vidée de ses touristes et visiteurs. Au milieu des va-et-vient des rames de tramway, quelques rares passants s’arrêtent le temps d’une photo furtive ou d’un commentaire dépité, avant de poursuivre leur chemin.
Collier de barbe blanche et regard sévère, Mokhtar, 69 ans, peste contre les « islamistes », qu’il accuse de s’en prendre une fois de plus à un monument qui fait partie de l’identité de la ville « qu’on le veuille ou non ».
Le fait que le jeune homme qui a vandalisé la statue était ivre n’y change rien pour lui. Ces gens-là sont en « mission commandée pour saboter le pays » et ils obéissent à des agendas tracés à l’étranger. « J’espère qu’il en prendra pour dix ans au moins », dit-il.
La vingtaine de bancs publics autour de la fontaine, tout comme les terrasses des deux cafés mitoyens, sont presque entièrement occupés par des retraités discutant tranquillement par petits groupes.
Recroquevillé sur lui-même, un jeune handicapé mental marmonne un flot de paroles inintelligibles sur un banc de bois au pied de la statue martyrisée. Un homme âgé vient lui offrir un sachet noir au contenu invisible avant de le raccompagner gentiment vers une destination inconnue.
« Nos ancêtres ont toujours toléré et respecté cette statue qui fait désormais partie de l’identité de la ville », dit Slimane, 62 ans, instituteur à la retraite.
Monument emblématique de la ville
Pour lui, l’islam, « religion de paix et de tolérance » n’a aucun lien avec ces pratiques violentes et intolérantes. Il en veut pour preuve le fait que la statue a été érigée à une centaine de mètres de l’antique mosquée de la ville qui date de 1845 et qui a vu passer des générations de Sétifiens de tout âge et de toute condition.
« Imaginez le nombre d’imams, de savants et d’exégètes qui sont passés par ici. Jamais personne n’a dit que cette statue était immorale ou indécente. C’est de la pierre, du marbre, sans plus ! », fulmine Slimane.
L’idée avancée par certains de déplacer la statue dans un musée à l’abri des regards et des prédateurs le révulse également. « On risque de perdre un monument emblématique de notre ville. Sétif a déjà perdu son avenue principale, qu’ils ont choisi d’offrir au tramway alors qu’ils auraient pu en faire une rue piétonne animée, vivante et commerçante. Voyez par vous-même, le commerce est mort dans ce cœur historique de la ville. Seuls les vendeurs de sandwichs continuent de travailler », dit-il.
L’histoire de ce monument commence en juillet 1898 lorsque le gouverneur militaire de la ville de Sétif, en visite à la foire universelle de Paris, tombe sous le charme d’une statue représentant une femme nue réalisée par le sculpteur Francis de Saint-Vidal.
Il demande à celui-ci de l’offrir à la ville de Sétif, qui est alors en train de renaître de ses vestiges millénaires, à 1 100 d’altitude dans les hauts plateaux algériens. La statue quitte Paris en juillet 1898 pour le port de Skikda, avant d’effectuer un long voyage de douze jours en charrette jusqu’au site de l’ancienne Colonia Nerviana Augusta Martialis Veteranorum Sitifensium, qui fut à l’époque romaine l’une des capitales de la Maurétanie orientale.
La belle est destinée à orner une fontaine publique dans ce qui deviendra le cœur historique de la ville, non loin de la Porte d’Alger. Le lieu est une puissante source naturelle dont l’eau est fraîche en été et tiède en hiver.
Au fil des années, la source et la statue vont devenir les monuments les plus emblématiques de Sétif. À la fin des années 1960, certains habitants ont pourtant souhaité déplacer la statue de la femme nue de son socle, car ils jugeaient que sa présence contrevenait à la morale et aux valeurs de la religion musulmane.
La municipalité avaient alors mis à leur disposition un registre de doléances afin de recueillir leurs avis sur l’opportunité ou non de la démonter. La grande majorité des Sétifiens s’étaient prononcés pour son maintien là où elle avait pris place en 1898.
Très attachés à leur monument, les habitants lui confèrent un statut de quasi sainte que l’on visite pour solliciter la baraka et la bénédiction. La légende dit que quiconque boit de son eau y reviendra inévitablement un jour.
La statue fera l’objet d’une vénération qui ne sera jamais démentie jusqu’aux années 1990, lorsque l’Algérie tout entière vacille sous les coups de boutoir de l’islamisme, puis du terrorisme armé. Ain Fouara fait l’objet d’un premier attentat à la dynamite le 22 avril 1997, puis d’un deuxième le 31 mars 2006. Elle est à chaque fois restaurée et remise en place.
Le 18 décembre 2017, les seins de la statue sont attaqués au marteau et au burin par un barbu vêtu d’un qamis blanc, l’uniforme des islamistes. Empêché de poursuivre son œuvre destructrice par des passants, l’homme, que l’on dit atteint de troubles psychiatriques, est arrêté par la police avant d’être interné.
Déjà dégradée puis restaurée
Restaurée et inaugurée en grande pompe par les autorités locales, en présence du ministre de la Culture, la statue fait désormais l’objet de surveillance par des policiers et des caméras. Hélas, cela ne l’empêchera nullement d’être à nouveau la cible d’un autre acte de vandalisme commis en octobre 2018 par un autre forcené armé d’un marteau.
Sur les réseaux et les sites qui rapportent la nouvelle de la dernière agression, beaucoup de voix, notamment issues des jeunes générations, se réjouissent ouvertement de la cette dégradation et appellent les autorités à soustraire aux regards cette « nudité non conforme aux valeurs islamiques » et « ce vestige de la France coloniale ».
À une centaine de mètres de la fontaine d’Ain Fouara, une autre statue, de bronze celle-là, tout aussi nue que sa sœur de marbre, n’a pour sa part jamais fait l’objet d’un acte de vandalisme quelconque. Œuvre du fondeur Ferdinand Barbedienne (1810-18920), elle représente un jeune homme qui porte le doux nom de « Messager de l’Amour » et son socle est orné de bas-reliefs dont un figurant une femme nue langoureusement allongée. Elle se dresse fièrement sur son socle au milieu du jardin Reffaoui, l’ex-Square Barral édifié au pied des remparts de la ville antique.
Le dos voûté et le pas lent, Bakhouche Chaouch, 89 ans, avance lentement au milieu de l’une des allées. Ce gardien à la retraite qui habite les lieux depuis soixante ans se rappelle très bien de l’époque coloniale. Pour lui, si les jeunes d’aujourd’hui ont perdu leurs repères et sont devenus violents, c’est à cause des drogues.
« Du temps de la France, nous avons connu la misère, les poux, la faim et le froid. On travaillait des étoiles aux étoiles pour 2 sous et quelques kilos d’orge. Les jeunes d’aujourd’hui mangent à leur faim, sont bien habillés, ont le téléphone et l’Internet, et te disent “manach mlah” (on n’est pas bien). C’est parce qu’ils se gavent de psychotropes », déplore Bakhouche Chaouch.




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