Justice: La CPI ordonne des réparations de 7,25 millions d'euros pour les victimes d'Al Hassan, ex-patron de la police islamique de Tombouctou
- gherrrabi
- il y a 9 heures
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Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud, connu sous le nom d'Al Hassan, un Malien âgé de 47 ans, a été reconnu coupable par la Cour pénale internationale (CPI) en juin dernier, notamment de torture, de mutilation, de procès illégaux et de persécution religieuse.Des "réparations collectives axées sur la communauté", des réparations individualisées centrées sur la réinsertion, ainsi que des "mesures symboliques de satisfaction" ont été accordées à environ 65 202 victimes éligibles, a déclaré la juge Kimberly Prost, qui présidait l'audience. "La chambre a estimé la responsabilité du djihadiste malien Al Hassan (Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud) en matière de réparations à environ 7 250 000 euros, soit l'équivalent de 4 755 688 250 francs CFA", a précisé la juge.

Al Hassan, âgé de 48 ans, faisait partie d'Ansar Dine, un des groupes armés djihadistes qui avaient pris le contrôle de Tombouctou entre avril 2012 et janvier 2013, y provoquant la destruction.
Il a été condamné à dix ans de prison pour plusieurs crimes, dont le "traitement cruel en tant que crime de guerre" pour avoir fouetté une personne, la "mutilation" pour avoir amputé une main, et la "torture en tant que crime contre l'humanité et crime de guerre". En tant qu'ancien chef de la police islamique de Tombouctou, il a également été reconnu coupable de procès illégaux et de persécution religieuse.
C’est donc le Fonds de la CPI dédié aux victimes qui devra avancer le montant.
"Étant donné la situation financière de M. Al Hassan, les réparations seront distribuées aux victimes par l'intermédiaire du fonds", a indiqué la Cour dans un communiqué.
L'ancien leader djihadiste, arrêté par les autorités maliennes et remis à la CPI en mars 2018, devrait être libéré en mars 2027 au lieu de 2028. La Cour a jugé en juillet que cette réduction de peine était "dans l'intérêt de la justice", car il a renoncé à faire appel du verdict.
Une dette envers le Fonds pour les victimes
Abdoulaziz al-Hassan a ainsi une dette envers le Fonds pour les victimes, qui devra avancer le montant. Il devra vivre avec cette dette lorsqu'il sera libéré de prison le 28 mars 2027, après avoir purgé sa peine.
Le 20 novembre 2025, la Cour pénale internationale (CPI) avait condamné cet ancien jihadiste du groupe Ansar Dine à 10 ans de prison. En juin 2025, il avait été déclaré coupable de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité à Tombouctou, période durant laquelle le nord du Mali était sous le contrôle de plusieurs organisations jihadistes, entre mai 2012 et janvier 2013.
Al Hassan, parcours d’un pharmacien devenu djihadiste
La Cour avait validé les accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité contre Al Hassan. Depuis fin mars 2018, il est le deuxième Malien emprisonné à La Haye. Portrait d’un pharmacien qui a rejoint les rangs d’Ansardine à Tombouctou.Sans pantalon sauté ni barbe fournie… C’est ainsi qu’Al Hassan se présente devant les juges de la CPI depuis son transfèrement. Il alterne également entre costume et bazin. Lahsane (son autre nom) est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, perpétrés entre avril 2012 et janvier 2013 lors de l’occupation de la ville de Tombouctou. Il était administrateur de la police islamique et des mœurs au sein d’Ansardine, le mouvement d’Iyad Ag Ghaly. Ce Touareg quadragénaire de la communauté Kel Ansar, né à Hangabera (Goundam), parle français, arabe, tamasheq et baragouine le sonrhaï.
Mais le lundi 20 septembre, Al Hassan n’a pas eu besoin de quitter sa cellule ni de mettre un boubou en bazin ou un costume. La Cour, chargée d'évaluer si les preuves étaient assez solides pour un procès, a confirmé les accusations portées contre lui. « Il n’y a pas eu d’audience. La décision a été envoyée par mail. Il était dans sa cellule. Nous l’avons appelé pour lui annoncer la décision. », explique Marie-Hélène Proulx, son avocate.
De Zorho à Ansardine
Le parcours de ce djihadiste, bien connu à Tombouctou, s'entrelace avec la dégradation du Mali en 2012. Le 1er avril 2012, Tombouctou passe sous le contrôle des groupes djihadistes. Al Hassan, alors employé à la pharmacie de Zorho (à 165 kilomètres à l'est de Tombouctou), choisit de s'engager avec Ansardine «pour protéger les populations», selon ses proches et lui-même.
Il effectue ses études primaires à Tombouctou avant de partir en 1991 pour le Niger, au plus fort de la rébellion de l'époque. Préférant la Libye au Niger, sa famille s'y installe en attendant que la situation se normalise. Là-bas, il poursuit ses études secondaires avant de rejoindre le centre vétérinaire de la ville d'Oubari. Al Hassan, qui a également suivi une formation en informatique, devient enseignant à la médersa Nour Almoubine de Tombouctou à partir de 2002 jusqu'en 2005, année où il retourne en Libye pour approfondir sa formation, avant de revenir dans la « cité des 333 saints » un an plus tard.
Fils d’un vétérinaire retraité, Al Hassan est issu de l’Institut de formation des maîtres (IFM) Hégire de Tombouctou. À partir de 2009, il suit une formation en gestion de pharmacie, ce qui lui ouvre les portes de la pharmacie de Zorho. Lors de la prise de Tombouctou par les djihadistes, Al Hassan se met au service d’Ansardine et obtient des fonctions importantes. Il agit en tant qu’administrateur de la police islamique et des mœurs. À la libération des régions du Nord, Al Hassan se réfugie dans les montagnes du Tigharghar. Il se rend ensuite en Libye avant d’être arrêté en avril 2017 par la force Barkhane, puis transféré le 31 mars 2018 à la CPI, en vertu d’un mandat d’arrêt émis le 27 mars 2018.
Une personnalité controversée
La procureure de la Cour, Fatou Bensouda, décrit l’accusé comme une figure ayant joué un rôle crucial et incontestable dans le système de persécutions mis en place par les groupes armés durant toute l’occupation djihadiste. Pour Marie-Hélène Proulx, avocate de la défense, il s’agit d’un tableau très sombre d’Al Hassan. « Al Hassan n’est ni radical, ni djihadiste, ni misogyne. Il est aimé et respecté par sa communauté et les populations de Tombouctou », affirme l’avocate française.
Ceux qui ont collaboré avec lui le décrivent comme une personne calme et réservée : « Je ne me suis jamais entendu avec Al Hassan, avec qui j'ai travaillé jusqu'en 2012, mais je le connais suffisamment pour savoir qu'il n'est pas coupable des actes dont on l'accuse », affirme un ancien collègue de la pharmacie de Zorho, qui a souhaité garder l'anonymat. Certains le considèrent même comme une victime qui n'avait pas d'autre option.
Suite à la décision des juges, la défense reste persuadée de l’innocence de son client : « La défense est également certaine que si l'affaire est jugée, l'accusation ne pourra pas démontrer le niveau de responsabilité d’Al Hassan selon le seuil de preuve exigé », indique un communiqué de la défense.
Aida S., qui a vécu toute la crise à proximité immédiate de la police islamique, décrit cependant une personnalité autonome dans ses choix, et parfois même zélée. « C’est une personne mentalement stable, qui a rejoint des groupes armés djihadistes et a accepté un poste de responsabilité. Il obéissait à une hiérarchie, certes, mais sans y être contraint. Il dirigeait des hommes dans le cadre de répressions armées contre des populations civiles. On ne fait pas cela en étant une victime. Une victime ne demande pas l’arrestation et la torture des femmes jugées mal habillées. Al Hassan était pleinement conscient de ses actes. »
« Petit poisson »
Selon les organisations de défense des droits de l'homme, le natif de Hangabera est l'un des djihadistes visés par les plaintes pour crimes sexuels soutenues par l'AMDH, WILDAF-Mali et d'autres.
Quelle que soit l’issue du procès, Al Hassan, polygame et père de 6 enfants tous âgés de moins de 10 ans, est considéré par beaucoup comme un « petit poisson » par rapport à des figures plus influentes de l’occupation djihadiste. « Nous n’avons jamais oublié ce que notre bête noire, Hamad Mossa, nous infligeait. Nous n’avons pas non plus oublié les décisions irréversibles du juge Houka Houka. La CPI doit également s’intéresser à eux. Tant qu’ils continuent de se promener librement, on ne peut pas parler de justice », déclare une habitante de Tombouctou.
Al Hassan continue ses leçons d'anglais depuis le centre de détention de Scheveningen, à La Haye.




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