Ben Barka, l’"anticolonialiste" était en fait un espion à la solde de la Státní bezpecnost (StB)... L'histoire lentement révélée / By- Mohammed Gherrabi
- gherrrabi
- 16 nov. 2025
- 4 min de lecture

«Ben Barka est souvent dépeint comme un combattant contre les intérêts coloniaux et pour le tiers monde, mais les documents révèlent une image très différente: un homme qui jouait sur plusieurs tableaux, qui en savait beaucoup et qui savait aussi que l'information était très précieuse pendant la guerre froide ; un opportuniste qui jouait un jeu très dangereux», a déclaré le Dr Jan Koura, professeur adjoint à l'Université Charles de Prague, qui a eu accès au dossier.

Ché Guevara disait: «Si vous voulez libérer une patrie, vous mettez dans votre main 10 balles, 9 pour les traîtres de l'intérieur et une pour l'ennemi car sans les traîtres de l'intérieur, l'ennemi de l'extérieur n'oserait pas entrer dans votre pays.»
En étudiant des documents déclassifiés, un historien tchèque a mis en lumière les missions confiées par les services secrets tchécoslovaques au dissident marocain, enlevé à Paris et assassiné en 1965.
Mehdi Ben Barka, dossier 43-802. Un chercheur de l’université Charles de Prague, Jan Koura, a pu consulter le dossier des services secrets tchécoslovaques – la Sûreté de l’État (StB) – sur Ben Barka, et croiser ces archives avec 1 500 pages de documents récemment déclassifiés. D’après lui, Ben Barka a entretenu d’étroites relations rémunérées avec la StB. «Cela ne fait aucun doute. Tous les documents le confirment», déclare-t-il à The Observer.
Aujourd’hui, des archives déclassifiées des services secrets tchécoslovaques, étudiées par un jeune historien tchèque interrogé par l’hebdomadaire britannique The Observer, lèvent une petite partie du voile sur les activités politiques de Ben Barka avant sa mort. Selon ce dossier de plus de 1500 pages, «Ben Barka entretenait non seulement des relations étroites avec la Státní bezpecnost (StB), le redouté service de sécurité tchécoslovaque, mais en recevait d’importants paiements, en espèces et en nature».

Jouait-il dans plusieurs camps ?
Les services tchécoslovaques se seraient cependant inquiétés de liens entre Ben Barka et la CIA américaine. Et vers la fin de sa vie, il serait devenu trop proche des Chinois : “des responsables soviétiques ont déclaré au StB que Ben Barka avait reçu 10 000 dollars de Pékin et ont appelé le service à lui retirer tout soutien ou protection”.

À en croire Jan Koura, c’est “une image très différente” du personnage que révèlent ces documents: un homme qui jouait dans de nombreux camps à la fois, qui en savait beaucoup et connaissait la valeur de ces informations dans la Guerre froide ; un opportuniste qui jouait un jeu très dangereux.”
Les liens entre l’Est et le militant indépendantiste avaient déjà été dévoilés par un journaliste tchèque, Petr Zidek, il y a une quinzaine d’années. L’affaire, à l’époque révélée par l’Express, a été rouverte par l’historien Jan Koura. En recoupant les archives avec des milliers d’autres documents récemment rendus publics, ce professeur à l’université Charles de Prague dépeint Ben Barka comme «un homme qui jouait sur plusieurs tableaux, qui en savait beaucoup et qui savait aussi que les informations étaient très précieuses en temps de guerre froide». Dans les colonnes de The Observer, l’historien n’y va pas de main morte, qualifiant Ben Barka d’«opportuniste qui jouait un jeu très dangereux».
Selon ces archives, les liens entre le dissident marocain et le StB ont commencé en 1960. Arrivé à Paris pour fuir le régime autoritaire de Hassan II, Ben Barka rencontre alors un espion tchèque. Le Maroc, ancien protectorat français, regarde à l’époque vers Moscou et intéresse les autorités des pays du bloc de l’Est. D’autant que Ben Barka est le fondateur du Parti socialiste de son pays, qu’il a des liens avec, entre autres, Nelson Mandela, Malcom X et Che Guevara. Selon les services tchèques, Mehdi Ben Barka représente donc une source d’information «extrêmement précieuse». Un nom de code lui est donné : «Cheikh».

Le leader de la lutte pour l’indépendance marocaine fournit alors des rapports sur son pays d’origine, en échange de versements en liquide. Le premier, 1 000 francs français en septembre 1961, venait récompenser des informations sur les services secrets français présentées comme classées défense par Ben Barka alors qu’elles étaient dans le domaine public. Malgré tout, la collaboration continue et Ben Barka est envoyé tous frais payés en Afrique de l’Ouest, notamment pour rassembler des renseignements sur les activités américaines en Guinée Equatoriale.
La même source indique que Ben Barka a été envoyé en Irak pour obtenir des informations sur le coup d'Etat de février 1963, pour lequel il a reçu 250 livres, selon les documents. En Algérie, il a rencontré à plusieurs reprises le président Ahmed Ben Bella et a rendu compte de la situation dans ce nouvel Etat indépendant.
Au Caire, poursuit l'article, «on lui a demandé de recueillir des informations auprès de hauts responsables égyptiens qui pourraient aider les soviétiques dans les négociations lors d'une visite de Nikita Khrouchtchev, le premier ministre de l'URSS. Les rapports de Ben Barka sont parvenus aux services de renseignement soviétiques, qui ont jugé le matériel fourni comme très précieux. En récompense de ses services, lui et ses quatre enfants ont été invités en vacances dans un spa en Tchécoslovaquie, révèle les recherches de Koura».
En récompense de ses services, l’homme et ses quatre enfants auraient été, entre autres, invités en vacances dans une station thermale en Tchécoslovaquie, selon les recherches de Koura.
Proche de Pékin ?
Très vite, les Tchécoslovaques soupçonnent l’intellectuel d’entretenir des liens avec d’autres pays. Un agent double, Ben Barka ? En février 1962, une rencontre entre «Cheikh» et un syndicaliste américain, dans un bar parisien, alimente les soupçons. Le militant indépendantiste aurait alors reçu des dollars américains. De quoi laisser entendre qu’il travaillerait parallèlement pour la CIA… «Le StB a reçu d’autres rapports alléguant que Ben Barka était en contact avec les Etats-Unis, bien que l’homme politique marocain ait toujours nié lorsqu’il a été confronté à ces informations», a déclaré Jan Koura à l’Observer. Les archives montrent également que le dissident politique aurait reçu 10 000 dollars de la part de Pékin, la Chine faisant alors pression pour que le militant ne dispose plus d’une protection des services tchécoslovaques.


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