Appel Urgent: Message de Tasnim Kherrigi, fille de Rached Ghannouchi, au nom de sa famille
- gherrrabi
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En juillet, mon père a été conduit d'urgence à l'hôpital six fois depuis la prison où il est incarcéré, selon notre famille, de manière arbitraire et injuste par les autorités tunisiennes. Sa santé se détériore de façon continue et rapide depuis les deux derniers mois.
Il y a près de deux semaines, immédiatement après son retour de l'hôpital, alors qu'il rencontrait son avocat, il a perdu connaissance en raison d'une forte poussée de tension artérielle (sa pression aurait atteint 23). Il a alors été transféré une nouvelle fois à l'hôpital (pour la cinquième fois), peu après en être revenu.
Les autorités tunisiennes ont ensuite imposé à mon père un isolement total pendant onze jours, en interdisant à sa famille et à son avocat de lui rendre visite ou de prendre de ses nouvelles, tout en refusant de communiquer la moindre information sur son état de santé. Durant cette période, malgré la gravité de son état, mon père a entamé une grève de la faim et a cessé de prendre ses médicaments afin de protester contre cette interdiction de visite et de réclamer le respect de ses droits.
À l'issue de cet isolement forcé, il a été ramené en prison. Nous avons toutefois appris que son état s'était de nouveau aggravé hier, nécessitant un sixième transfert à l'hôpital au cours de ce seul mois.
La famille de Rached Ghannouchi, ancien président de l'Assemblée des représentants du peuple tunisien et dirigeant de l'opposition, âgé de 85 ans, lance un appel urgent et officiel aux médias internationaux ainsi qu'à l'opinion publique nationale et internationale. Elle alerte sur la dégradation rapide de son état de santé, sur l'isolement total que lui imposent les autorités tunisiennes lors de ses hospitalisations en interdisant toute visite, ainsi que sur l'opacité entourant son dossier médical.
La famille exprime également sa profonde indignation face à une nouvelle mesure qu'elle qualifie d'arbitraire et illégale : les autorités auraient instauré une règle interdisant totalement les visites familiales et les visites des avocats pendant une période pouvant aller jusqu'à vingt et un jours dès lors qu'un détenu est transféré à l'hôpital.
Priver sa famille et son équipe de défense d'informations sur son état de santé, leur refuser les visites et maintenir le secret sur son dossier médical constitue, selon nous, un traitement cruel qui le prive de ses droits les plus élémentaires.
Ce que subit aujourd'hui mon père dans les prisons tunisiennes dépasse désormais le cadre d'un simple différend politique et reflète, selon notre famille, une volonté de représailles et d'acharnement de la part du pouvoir tunisien.
Avant son incarcération, qu'il considère comme arbitraire à l'âge de 85 ans, mon père jouissait d'une excellente santé et d'une grande vitalité. Il vivait avec la maladie de Parkinson grâce à un régime alimentaire strict et un mode de vie sain et sportif qui lui permettaient de conserver un état de santé stable et de poursuivre normalement ses activités.
Depuis son arrestation, il souffre d'une hypertension sévère et inédite, ainsi que d'un épuisement extrême, sans rapport avec son état habituel.
Nous craignons que ces symptômes ne résultent d'une mauvaise gestion des médicaments qui lui sont administrés en prison, voire de prescriptions incompatibles entre elles, susceptibles d'entraîner des interactions médicamenteuses toxiques.
La famille de Cheikh Rached demande à avoir accès à son dossier médical afin de permettre une évaluation indépendante du diagnostic posé, ainsi que des traitements qui lui sont administrés.
Le refus de lui permettre un suivi médical indépendant ou extérieur, ajouté aux tentatives antérieures visant à le convaincre de subir des interventions chirurgicales jugées non nécessaires, constitue, aux yeux de sa famille, une menace directe et délibérée contre sa vie et son intégrité physique.
Selon la famille, les autorités tunisiennes violent ouvertement plusieurs décisions internationales contraignantes.
Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, dans son avis n° 63/2025, a estimé que la détention de Rached Ghannouchi était « arbitraire et illégale » et a demandé sa libération immédiate, son indemnisation ainsi que l'ouverture d'une enquête indépendante sur les violations commises à son encontre.
Le 28 août 2023, la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples a également ordonné des mesures provisoires obligeant les autorités à lever tous les obstacles à ses communications avec sa famille et ses avocats, à lui permettre d'être examiné par des médecins de son choix et à préciser le fondement juridique de sa détention.
La famille affirme que les autorités tunisiennes continuent d'ignorer ces décisions internationales, renforcent son isolement et refusent l'accès à son dossier médical, en violation de leurs engagements internationaux.
En conséquence, nous demandons aux autorités tunisiennes de :
se conformer pleinement à l'avis n° 63/2025 des Nations unies ainsi qu'à l'ordonnance de la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples ;
mettre immédiatement fin à son isolement médical et autoriser sans condition les visites de sa famille et de ses avocats à l'hôpital ;
donner un accès complet et transparent à l'ensemble de son dossier médical ;
autoriser des neurologues indépendants à l'examiner et à évaluer son état de santé ;
le libérer immédiatement et sans condition. Le maintien en détention d'un opposant politique âgé de 85 ans, après plus de trois années d'emprisonnement que sa famille qualifie d'arbitraire, s'apparente, selon elle, à une condamnation à mort lente, sans aucune justification juridique ou morale.
La famille estime que les autorités tunisiennes portent l'entière responsabilité pénale et morale de l'intégrité physique et de la vie de Rached Ghannouchi. Elle appelle les organisations de défense des droits humains, les médias internationaux et l'opinion publique à intervenir d'urgence afin de protéger sa vie avant qu'il ne soit trop tard.
Tasnim Kherrigi: Au nom de la famille de Cheikh Rached Kherrigi Ghannouchi.
