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Algérie: Liberté de presse et autoritarisme politique, une image qui restera dans les annales de la

C’est une image qui restera dans les annales de la justice algérienne. Khaled Drareni, un jeune homme devenu amaigri, chétif, affaibli et décharné, affiche un sourire joyeux face à des juges qui l’interrogent sur son métier de journaliste et ses publications à cause desquelles il est emprisonné depuis plus de 4 mois.

Khaled Drareni est incarcéré depuis le 29 mars dernier à la prison de Koléa.

Le procès de Khaled Drareni est révélateur de la nature d’un régime qui a peur de la liberté de la presse. Maître Bouchachi avait raison de déclarer à l’audience que « ce tribunal rend la justice au nom du système et non au nom du peuple ». Au nom du peuple! est l’expression qui structure et donne une cohérence à tous les articles de la constitution qui régit les rapports d’autorité dans un Etat de droit.

L’essence de la constitution est de protéger l’autonomie des acteurs de la société: l’autonomie de la presse, l’autonomie de la justice, l’autonomie des syndicats, l’autonomie des partis, l’autonomie de l’électorat, etc. Cette autonomie signifie la mise en place de limites institutionnelles qui empêchent que l’autorité publique soit détournée à des fins privées et soit exercée en dehors des intérêts de la société.

Si les journalistes comme Khaled Drareni étaient libres d’écrire, et ils sont nombreux, il n’y aurait pas eu d’affaire Khalifa, ni affaire Chakib Khelil, ni de deuxième mandat de Bouteflika, ni l’affaire Ouassini Bouazza, ni l’affaire de l’adjudant-chef milliardaire Guermit Bounouira, etc., etc. La corruption n’aurait pas disparu, mais au moins elle serait exceptionnelle et non générale comme c’est le cas aujourd’hui. En refusant la liberté de la presse, le régime détruit l’Etat et porte de lourds préjudices à la société. Il n’accepte pas la critique salvatrice, correctrice et n’accepte pas que la vérité soit clamée publiquement au sujet de la situation économique et sociale. Le régime algérien n’a pas le courage des dictateurs qui interdisent la liberté de la presse, mais il conçoit celle-ci comme la liberté des journalistes à défendre le régime contre l’opposition. Ceux qui sortent de cette feuille de route seront poursuivis pour « atteinte à l’unité nationale ».

C’est sous ce motif que Khaled Drareni a été inculpé sans que le procureur de la république ne se pose des questions sur cette accusation. L’autre motif d’inculpation est « incitation à attroupement non armé ». Et alors pourquoi seulement Drareni est à la barre et non pas les centaines de milliers de hirakistes qui « s’attroupaient » les vendredis? Les deux motifs d’inculpation ne tiennent pas la route et n’ont aucun lien avec l’intérêt du pays. Le régime veut faire de Drareni une épée de Damoclès sur la tête de tous les journalistes.

Son message aux journalistes est le suivant: je n’ai pas le courage d’assumer la censure de la presse, mais si vous ne vous auto-censurez pas, vous serez poursuivis pour « incitation à la violence, atteinte à la sûreté de l’Etat, intelligence avec l’étranger, etc. » par une administration judiciaire qui est la négation de l’autonomie de la justice. La condamnation à la prison de Khaled Drareni est la preuve matérielle que le régime ne veut pas changer, et qu’il est même en train de se radicaliser pour survivre. Le problème est que sans la liberté de la presse, il n’y a pas de moralisation de l’Etat et de la vie publique.

La décision qui sera prise le 10 août par le tribunal qui juge Drareni indiquera dans quelle direction les décideurs veulent aller.

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