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Une femme à la tête du gouvernement : un signal historique pour le Maroc... Par - Bahia Benkhar Sougrati

il y a 13 heures
8 min de lecture
Il y a des nominations qui désignent une personne. Et il y en a d’autres qui marquent une époque.

Ce 29 septembre 2026, la nomination par Sa Majesté le Roi Mohammed VI de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement ouvre une nouvelle page de l’histoire politique du Royaume: pour la première fois, une femme est appelée à diriger l’Exécutif marocain.

  • Au-delà du nom, du parti concerné et même du moment électoral, la portée institutionnelle et symbolique de cette nomination est considérable.

  • Et en tant que femme marocaine, je ne peux pas regarder ce moment uniquement avec les yeux de l’analyse politique.

  • Je le regarde aussi avec ceux d’une femme, d’une mère et d’une citoyenne.

Parce que les images comptent.

Pour toutes les Marocaines, et particulièrement pour les jeunes filles qui grandissent aujourd’hui dans notre pays, celle-ci dit quelque chose de simple et de puissant : aucune fonction ne doit être pensée comme inaccessible du seul fait d’être une femme.

  • Mais ce moment ne surgit pas de nulle part.

  • Il s’inscrit dans une trajectoire.

Et peut-être est-ce précisément là qu’il faut lire l’un des grands signaux de ce 29 septembre.

Une trajectoire portée par des actes

Sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la question de la place des femmes dans la société marocaine n’a pas seulement été portée par des discours.

Elle a été jalonnée d’actes, de réformes et de précédents institutionnels.

Dès le début de son règne, Sa Majesté a lui-même fait évoluer certains codes symboliques de la Monarchie. Son mariage avec Son Altesse Royale la Princesse Lalla Salma, en 2002, marque notamment une rupture avec la discrétion qui entourait traditionnellement les épouses des Souverains marocains : pour la première fois, l’épouse d’un Roi du Maroc est publiquement connue, porte un titre royal et exerce des activités officielles.

  • Cela pouvait paraître symbolique.

  • Avec le recul, les symboles disent parfois beaucoup.

  • Puis il y eut les réformes.

La réforme du Code de la famille a constitué une étape majeure dans l’évolution du statut juridique des femmes et de la famille au Maroc.

En 2007, la réforme du Code de la nationalité a permis à la mère marocaine de transmettre sa nationalité à ses enfants, au même titre que le père. Cette évolution procédait d’une initiative royale annoncée par Sa Majesté en Sa qualité d’Amir Al Mouminine.

En 2018, un autre verrou symbolique est tombé lorsque, sur décision de Sa Majesté le Roi et après avis du Conseil supérieur des Oulémas, la profession d’adoul, jusque-là réservée aux hommes, a été ouverte aux femmes. ⁠

Et parallèlement aux textes, il y eut les femmes auxquelles furent confiées des responsabilités jusque-là inédites.

Feue Zoulikha Nasri fut la première femme nommée conseillère de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Une femme au cœur du Cabinet Royal, investie notamment sur de grands dossiers sociaux.

Zineb El Adaoui a, elle aussi, jalonné son parcours de premières : première femme magistrate à la Cour des comptes, première femme wali du Royaume en 2014, puis première femme nommée à la tête de la Cour des comptes en 2021.

Et il y en a eu d’autres.

Des femmes ministres, ambassadrices, magistrates, dirigeantes d’institutions, hauts fonctionnaires, entrepreneures et responsables publiques.

Une à une, certaines portes se sont ouvertes.

C’est pourquoi je lis ce qui se passe aujourd’hui non comme un événement isolé, mais comme une étape supplémentaire, et certainement l’une des plus fortes symboliquement, d’un chemin construit sur plusieurs décennies.

Le signal est fort.

Et il porte, à mes yeux, une caractéristique profondément marocaine : notre pays ne proclame pas nécessairement chaque évolution à grand renfort de slogans. Certaines transformations se lisent dans les actes, dans les institutions, dans les réformes et dans les responsabilités effectivement confiées.

  • C’est une modernité qui se construit selon notre histoire, nos constantes et notre propre rythme.

  • Et lorsque les actes s’accumulent, ils finissent par dessiner une direction.

  • Et derrière l’Histoire, une femme que je connais

  • Ce moment a aussi, pour moi, quelque chose de profondément personnel.

Fatima Ezzahra, je la connais.

Je l’ai vue commencer son parcours politique. Je l’ai vue travailler, apprendre, gouverner, évoluer, militer, traverser des combats et assumer des responsabilités toujours plus importantes.

J’ai eu la chance de l’observer suffisamment près pour connaître aussi la femme derrière la responsable politique : son côté profondément humain, ses capacités politiques et managériales, sa capacité à fédérer, à construire et à préserver des relations dans le temps.

Et il y a une qualité que je veux particulièrement souligner aujourd’hui : sa capacité à faire grandir et à faire briller d’autres femmes autour d’elle.

Cela compte.

Parce que l’ascension d’une femme prend une dimension particulière lorsqu’elle ne consiste pas seulement à avancer elle-même, mais aussi à ouvrir des espaces pour celles qui l’entourent et celles qui viendront après.

Je peux donc en témoigner avec la sincérité de ce que j’ai personnellement vu et vécu : rien ne lui a été donné en cadeau.

La dame a roulé sa bosse. Elle a milité, elle a appris, elle a concédé quand il le fallait, résisté quand elle le devait, travaillé, prouvé, construit. Elle a connu les exigences, les rapports de force et les responsabilités qu’impose la vie politique.

  • Elle a avancé, étape après étape, sans brûler les étapes.

  • Elle a travaillé pour arriver là où elle est aujourd’hui.

  • Elle a prouvé. Elle a mérité.

Son parcours s’est construit avec du travail, de la constance, de l’engagement, des combats et des responsabilités assumées, étape après étape.

  • Avant le symbole, il y a eu un parcours.

  • Avant la fonction, il y a eu le travail.

  • Et aujourd’hui, ce parcours rencontre l’Histoire.

  • Une première qui résonne au-delà de nos frontières

  • Il faut aussi prendre la mesure de ce moment à l’échelle internationale.

Car en 2026, l’accès des femmes au sommet des exécutifs est encore loin d’être une évidence, y compris dans certaines des démocraties les plus anciennes et des économies les plus développées du monde.

Les États-Unis, première puissance économique mondiale et l’une des plus anciennes démocraties constitutionnelles modernes, n’ont encore jamais eu de femme présidente.

Dans plusieurs pays développés, l’accès des femmes aux plus hautes responsabilités politiques demeure récent, rare ou encore inédit.

Cela rappelle une chose essentielle : le progrès dans la représentation des femmes au pouvoir n’est ni automatique ni exclusivement lié au niveau de développement économique d’un pays.

Il ne s’agit évidemment pas d’établir une compétition entre les nations, ni de prétendre que le Maroc aurait achevé le chemin de l’égalité. Beaucoup reste à construire.

Mais il faut savoir reconnaître la portée d’une étape lorsqu’elle est franchie.

Le progrès ne se mesure pas uniquement à la richesse d’une nation ou à l’ancienneté de ses institutions.

Il se mesure aussi aux portes qu’une société devient capable d’ouvrir.

Et aujourd’hui, une porte historique vient de s’ouvrir au Maroc.

Le Maroc de 2030

Le moment prend une dimension supplémentaire lorsqu’on regarde vers 2030.

Dans quatre ans, le Maroc accueillera, avec l’Espagne et le Portugal, la Coupe du Monde.

Notre pays sera alors observé comme rarement auparavant. Des millions de regards se tourneront vers un Royaume qui revendique à la fois son héritage, son ancrage africain, son ouverture internationale et son ambition de transformation.

Dans un Royaume dont Sa Majesté le Roi est Amir Al Mouminine, Commandeur des Croyants, cette évolution raconte aussi quelque chose d’essentiel : l’attachement à notre identité, à notre histoire et à nos valeurs peut parfaitement coexister avec l’évolution de la place des femmes dans la société et dans l’exercice des responsabilités publiques.

  • Tradition et modernité ne sont pas nécessairement deux chemins opposés.

  • Le Maroc construit depuis longtemps son propre équilibre entre les deux.

Et à l’horizon 2030, cette évolution fera elle aussi partie de ce que notre pays donnera à voir au monde.

Un Maroc qui ne renonce pas à ce qu’il est pour avancer.
  • Un Maroc qui évolue à partir de ses propres fondements.

  • Un Maroc qui ne fait pas de l’égalité ou de la modernité de simples slogans, mais qui est capable d’en donner des manifestations concrètes dans ses lois, ses institutions et ses choix.

  • Et aujourd’hui, le signal est majeur.

  • La compétence et la responsabilité n’ont pas de genre

  • Il ne s’agit évidemment pas d’opposer les femmes aux hommes.

  • L’égalité n’est pas une compétition entre les sexes.

  • Il s’agit simplement de reconnaître que la compétence, la responsabilité, l’ambition et le service de la Nation n’ont pas de genre.

  • Mais le symbole, aussi puissant soit-il, ne suffira pas.

  • Une première historique crée aussi une responsabilité historique.

Fatima Ezzahra El Mansouri devra être jugée, comme tout Chef de gouvernement, sur son action, sa capacité à construire et conduire une majorité, à répondre aux attentes sociales et économiques des Marocains et à transformer la responsabilité qui lui est confiée en action publique concrète.

  • Et c’est précisément cela, finalement, l’égalité.

  • Être choisie pour exercer une responsabilité.

  • Puis être jugée sur ce que l’on en fait.

La véritable réussite sera peut-être même qu’un jour nous n’ayons plus besoin de souligner le genre de la personne qui occupe cette fonction.

  • Parce que cela ne sera plus exceptionnel.

  • Parce qu’une petite fille pourra regarder les plus hautes responsabilités de son pays sans même se demander si elles sont faites pour elle.

Et en tant que mère, en tant que femme et en tant que Marocaine, c’est probablement ce qui me touche le plus aujourd’hui.

Mon parti, aujourd’hui, c’est d’abord le Maroc

Dans un moment comme celui-ci, au-delà des appartenances et des sensibilités politiques, il y a quelque chose qui me rassemble davantage encore : mon appartenance au Maroc.

Si je devais revendiquer aujourd’hui une appartenance avant toutes les autres, ce serait celle-là.

Le Maroc.

Un Royaume dont les institutions permettent l’exercice démocratique, institutionnel et constitutionnel ; un pays dans lequel les citoyens votent, les institutions jouent leur rôle et où la Constitution encadre la formation du pouvoir exécutif.

La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri intervient précisément dans ce cadre constitutionnel, après que sa formation politique est arrivée en tête des élections législatives du 23 septembre.

Et au-dessus des alternances partisanes demeure la continuité de l’État, sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste.

C’est aussi ainsi que je comprends le modèle marocain : une évolution qui s’inscrit dans la stabilité de nos institutions, dans le respect de nos constantes et dans la continuité de l’État.

Et lorsque je regarde le chemin parcouru par les femmes marocaines depuis le début du règne — dans la famille, la justice, l’administration territoriale, les institutions et aujourd’hui au sommet de l’Exécutif — je vois une succession d’actes qui parlent parfois plus fort que les slogans.

  • Le chemin n’est évidemment pas terminé.

  • Et c’est peut-être précisément le message de cette journée : continuer.

  • Continuer à ouvrir les responsabilités à la compétence.

  • Continuer à permettre aux femmes d’accéder à tous les espaces où elles peuvent servir leur pays.

  • Continuer à faire en sorte que les avancées institutionnelles deviennent aussi une réalité dans la vie quotidienne de toutes les Marocaines.

  • Et espérer que ce grand signal soit suivi, partout, par d’autres actes.

À Fatima Ezzahra

Fatima Ezzahra, aujourd’hui, ton parcours rencontre l’Histoire.

Ta responsabilité dépasse désormais ton parti, la majorité que tu conduiras et même le gouvernement que tu formeras.

Tu représentes aussi, désormais, quelque chose de beaucoup plus grand : les femmes marocaines.

Celles qui ont ouvert la voie avant nous.

Celles qui travaillent, entreprennent, enseignent, soignent, créent, servent, dirigent, élèvent leurs enfants et construisent chaque jour ce pays, souvent loin des projecteurs.

Et surtout celles qui grandissent aujourd’hui et pour lesquelles ton parcours élargit soudain le champ des possibles.

Cette représentation est un honneur immense. Elle porte aussi une responsabilité particulière.

Et connaissant ton parcours, ton engagement et la femme que j’ai eu l’occasion d’observer au fil des années, je ne peux aujourd’hui que te souhaiter toute la force, le courage et la réussite nécessaires pour écrire cette nouvelle page.

Bon courage, Fatima Ezzahra. Bon vent.

Aujourd’hui, ton parcours devient aussi le symbole d’une transition et d’une époque.

Et à toutes nos filles, il dit désormais quelque chose de très simple :

Regardez jusqu’où vous pouvez aller.

Par - Bahia Benkhar Sougrati

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