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L'Algérie sous surveillance américaine: les armes russes, Polisario et l'axe qui déstabilise le Sahel et l'Afrique du Nord

Le magazine italien Panorama, le plus diffusé en Italie a rapporté ce 7 février 2026  que que l’administration américaine pourrait imposer des sanctions à l’Algérie en raison de l’acquisition par le pays de plusieurs avions de chasse russes.
  • Par Stefano Piazza

  • Traduit par Yassine Belkassem, Italie


Washington envisage des sanctions contre Algérie en raison de ses liens militaires avec Moscou, mais sur l'arrière-plan pèse un cadre plus vaste: le soutien historique au Front Polisario, la rivalité avec le Maroc et l'infiltration iranienne qui alimentent l'instabilité de Sahara occidental au Sahel.

Panorama est l'hebdomadaire d'information le plus diffusé en Italie, avec un tirage de 402 000 exemplaires par numéro. Fondé en 1939, il a été relancé en 1962 par Arnoldo Mondadori et a connu une période de croissance significative, devenant le premier magazine italien d'information.

Lors d'une audition devant la Commission des Affaires Étrangères du Sénat américain, Robert Palladino, directeur du Bureau du Proche-Orient du département d'État, a clarifié que Washington est en train de observer avec une attention accrue aux informations relatives aux opérations militaires entre l'Algérie et la Russie.

Selon ce responsable, de telles transactions pourraient entrer dans la loi CAATSA (Countering America's Adversaries Through Sanctions Act), qui autorise les États-Unis à imposer des sanctions aux pays ayant des liens importants avec le secteur de la défense russe.

Palladino a réaffirmé que le Département d'État considère la loi CAATSA comme un outil pleinement opérationnel. Des acquisitions de ce type, a-t-il expliqué, pourraient entraîner des conséquences concrètes, notamment des mesures restrictives, qui demeurent une possibilité réelle.

Il a ajouté que la question pourrait également être abordée lors de réunions privées avec des sénateurs, signe de l'importance stratégique accordée à ce dossier.

Interrogé sur les initiatives visant à dissuader l'Algérie de renforcer davantage sa coopération militaire avec Moscou, le responsable a souligné que Washington maintient un dialogue avec les autorités algériennes sur les dossiers d'intérêt commun, tout en reconnaissant l'existence de divergences profondes et structurelles.

Dans ce cadre, l'acquisition d'armements russes représente, du point de vue américain, l'un des nœuds les plus critiques de la relation bilatérale.

« Nous utilisons notre influence, souvent discrètement, pour défendre nos intérêts et tenter de mettre un terme aux comportements que nous jugeons inacceptables », a déclaré Palladino.

Cette déclaration intervient après la décision de l'Algérie, annoncée en février 2025, d'acquérir des avions de chasse Su-57E, faisant d'elle le premier pays étranger à s'équiper de la version export de cet appareil de cinquième génération.

L'armée de l'air algérienne utilise depuis des années des plateformes de conception russe, témoignant d'une coopération stratégique solide avec Moscou.

Mais pour Washington, le profil de l'Algérie sous surveillance particulière dépasse largement le cadre des acquisitions militaires.

Alger joue depuis longtemps un acteur central dans le fragiles géometries de l'Afrique du Nord et du Sahel, notamment au soutien politique, financier et logistique qu'elle apporte au Front Polisario.

Une approche, qui dure depuis des décennies, a alimenté une fracture permanente avec le Maroc, maintenant ainsi la question du Sahara occidental en suspens et contribuant aux tensions structurelles régionales. Il convient de rappeler ici que l'Algérie est de plus en plus isolée sur la question du Sahara occidental.

Les États-Unis, les principales capitales européennes et une partie croissante du monde arabe ont désormais consolidé leur soutien au plan d'autonomie marocain, considéré comme l'unique solution réaliste et stabilisatrice. Washington a réaffirmé sa reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le territoire, tandis que la France, l'Espagne et l'Allemagne se sont alignées avec Rabat.

Dans ce cadre, le soutien au Polisario reste limité à quelques acteurs, avec Alger étant de plus en plus scrutée sur la scène internationale pour son rôle dans la prolongation d'une crise qui contribue directement à la déstabilisation du Sahel et de l'Afrique du Nord.

Le conflit entre Alger et Rabat a progressivement dépassé la dimension du contentieux territorial, se reflétant sur l'équilibre des pouvoirs au Sahel, une zone déjà marquée par une instabilité chronique, la présence djihadiste et la fragilité des États.

Dans cet espace, la compétition pour l'influence politique et la sécurité contribue à un cadre régional rigide, entravant la mise en place de mécanismes de stabilisation partagés. C'est précisément cette instabilité prolongée, voulue par l'Algérie, qui a un impact direct sur les migrations.

L'absence d'une solution politique définitive au Sahara occidental, conjuguée à la fragilité du Sahel, alimente un écosystème où les camps de réfugiés, les économies informelles et les réseaux de trafic d'êtres humains finissent par se superposer.

Les mêmes routes traversant le Mali, le Niger et la Libye sont utilisées aussi bien par les migrants que par les passeurs et les groupes armés, transformant les flux de population en un levier structurel de pression géopolitique.

Pour l'Europe, cela signifie subir les conséquences directes de la rupture des équilibres régionaux, avec un impact croissant sur la sécurité de la Méditerranée centrale.

La situation est encore compliquée par l'implication potentielle d'acteurs extrarégionaux. Dans les capitales occidentales, l'attention se porte de plus en plus sur le rôle de l'Iran, accusé par de multiples sources de renseignement d'avoir établi des canaux de contact directs ou indirects avec le Polisario.

Selon ces évaluations, Téhéran – y compris par le biais de réseaux liés au Hezbollah – a fourni une formation et un soutien technique, intégrant la question sahraouie dans une stratégie plus large de projection asymétrique.

La convergence entre le soutien au Polisario, la rivalité avec le Maroc, l'instabilité au Sahel et la pénétration iranienne est lue comme un multiplicateur des risques dans une région déjà en proie au trafic illicite, à l'insécurité et aux pressions migratoires.

Ce contexte renforce la perception de l'Algérie non seulement comme un partenaire complexe, mais aussi comme un acteur capable d’affecter de manière déstabilisatrice les équilibres régionaux.

L’activation possible des sanctions américaines s’inscrit, enfin, dans une phase de durcissement général des rapports entre Washington et Moscou.

Dans ce scénario, les relations de défense entre la Russie et ses partenaires historiques sont soumises à une vigilance de plus en plus forte de la part des États-Unis, déterminés à contenir l’expansion de l’influence militaire russe et à limiter l’ouverture de nouveaux fronts d’instabilité au long de l’arc allant de l’Afrique du Nord au Sahel.

Panorama est un magazine hebdomadaire italien d'information générale. Son premier numéro a été publié en 1962.

Créé en 1962 sur le modèle de Time par l’éditeur milanais Mondadori, l’hebdomadaire généraliste Panorama propose des enquêtes, des reportages, ainsi que des analyses politiques.

Le 1er novembre 2018, le périodique est vendu à la société éditrice d’un quotidien italien, La Verità. Le nouveau rédacteur en chef devient Maurizio Belpietro, directeur et éditeur de La Verità


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