La crise ukrainienne et l’Afrique: pourrait avoir des répercussions sur certains États africai

Le Royaume du Maroc, puissance économique du continent, suit avec inquiétude l’évolution de la situation entre la Fédération de Russie et l’Ukraine, a indiqué, samedi, le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger. Dans un communiqué, le ministère souligne que «le Royaume du Maroc réitère son soutien à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale de tous les États membres des Nations Unies».

«Le Royaume du Maroc rappelle, également, son attachement au principe de non recours à la force pour le règlement des différends entre États et encourage toutes les initiatives et actions favorisant un règlement pacifique des conflits», conclut le communiqué.


L’Afrique du Sud, puissance économique de l’Afrique, a demandé le retrait immédiat des troupes russes d’Ukraine, estimant que le conflit devait être résolu de manière pacifique.

« Un conflit armé entraînera sans aucun doute des souffrances humaines et des destructions, dont les effets ne toucheront pas seulement l’Ukraine mais se répercuteront également dans le monde entier. Aucun pays n’est à l’abri des effets de ce conflit« , indique un communiqué du gouvernement.

L’Afrique du Sud dit respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale des pays. En cela elle se range derrière l’Ukraine. Mais elle dit aussi qu’il faut trouver une solution diplomatique aux inquiétudes soulevées par la Russie. L’Afrique du Sud avance avec prudence.

La position de l’Afrique du Sud est un coup dur pour la Russie, qui la considère comme un allié clé en Afrique. Les deux pays entretiennent des liens économiques étroits, puisqu’ils sont tous deux membres des Brics, un groupement regroupant les économies émergentes du monde.

«Ça va être compliqué pour l’Afrique du Sud de trouver le point d’équilibre. Avec ce communiqué, elle veut montrer qu’elle reste ferme sur ses principes, mais elle doit aussi protéger ses intérêts économiques et les liens entre la Russie et l’Afrique du Sud sont de plus en plus importants», estime Cayley Clifford, chercheuse à l’Institut sud-africain des affaires étrangères et spécialiste des relations Afrique-Russie.

L’Afrique du Sud a des investissements en Russie s’élevant à près de 80 milliards de rands sud-africains (5 milliards de dollars ; 3,7 milliards de livres sterling), tandis que les investissements russes en Afrique du Sud totalisent environ 23 milliards de rands.


Le Kenya, puissance économique de l’Afrique de l’Est et membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, est allé plus loin dans sa condamnation de la Russie.

Dans un discours enthousiaste, l’ambassadeur du Kenya au Conseil de sécurité des Nations unies, Martin Kimani, a déclaré : « L’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine sont violées. La charte des Nations unies continue de se flétrir sous l’assaut incessant des puissants. »

Le Ghana et le Gabon – les deux autres États africains membres du conseil de sécurité des Nations unies – ont également condamné la Russie.

Aucun pays africain ne s’est jusqu’à présent prononcé en faveur de l’intervention de la Russie, pas même le Mali et la République centrafricaine, où les forces russes aident les gouvernements à combattre les insurrections.

Mais,
  1. L’Algérie (silence radio ), allié historique de la Russie et de l’Afrique du Sud, a simplement appelé ses citoyens sur place à faire preuve d’une extrême prudence sans se prononcer sur le fond.

  2. Le puissant commandant militaire soudanais, le général Mohamed Hamdan « Hemeti » Dagolo, est arrivé à Moscou juste au moment où la guerre en Ukraine a commencé. Son voyage visait à renforcer les liens avec la Russie, à un moment où la junte est devenue un paria en Occident pour avoir fait dérailler la transition vers la démocratie après le renversement du dirigeant de longue date Omar el-Béchir.

  3. Dans le même temps, l’ambassadeur russe en République démocratique du Congo a déclaré que Moscou était prêt à aider la nation centrafricaine à mettre fin à la violence armée dans l’est du pays, selon la télévision d’État.

Une guerre qui affectera la vie quotidienne en Afrique

A l’heure où l’armée russe se déploie en Ukraine, les perspectives d’une chute de production des céréales font craindre une flambée des prix, alors que plusieurs pays africains importent l’essentiel de leur blé de ces deux pays aujourd’hui en guerre. L’Egypte importe près de 90 % de son blé de Russie et d’Ukraine, la Libye importe 43 % de sa consommation totale de blé d’Ukraine et le Kenya importe l’équivalent de 75 % de son blé d’Ukraine et de Russie, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

La Russie, depuis plusieurs années premier exportateur mondial de blé, a remporté un appel d’offre formulé par l’Algérie en 2021 pour la vente de 250 000 tonnes de cette céréale, a déclaré Ioulia Koroliova, directrice du Centre d’évaluation de la qualité céréalière, dont les propos sont relayés par la presse. À noter qu’il a fallu aux cultivateurs russes plusieurs années avant d’obtenir un accès au marché algérien, traditionnellement dominé par la France. Ce n’est qu’en 2020 que ce pays d’Afrique du Nord a consenti à un abaissement de ses exigences en matière du taux d’endommagement du blé par les punaises (1%, contre 0,5% auparavant).

Rosselkhoznadzor, service fédéral russe de contrôle vétérinaire et phytosanitaire, remarque en outre qu’au cours de cette année, la Russie a exporté sa production céréalière vers 95 pays, dont 43 ont augmenté leurs importations par rapport à 2020.

Les prix du pétrole ont déjà dépassé les 100 dollars le baril pour atteindre leur plus haut niveau depuis 2014.

Les budgets des pays producteurs de pétrole comme le Nigéria et l’Angola pourraient bénéficier d’un coup de pouce grâce à la hausse des prix, mais le coût des transports risque d’augmenter pour les habitants du continent. Cela aura un effet d’entraînement sur les prix de presque tous les autres produits.

« La hausse des prix des denrées alimentaires à l’échelle mondiale et celle des prix de l’énergie, qui font grimper l’inflation, constituent une double menace. Et lorsque les banques centrales réagissent en relevant les taux d’intérêt, cela devient une triple peine« , a déclaré Charlie Robertson, économiste en chef mondial chez Renaissance Capital.

Mais le rédacteur en chef de la publication Africa Confidential, basée au Royaume-Uni, Patrick Smith, a déclaré que la guerre offrait d’énormes opportunités aux pays producteurs de pétrole et de gaz.

« L’Europe doit rapidement trouver des alternatives au gaz russe, et les alternatives les plus fiables se trouvent en Afrique. C’est une excellente occasion pour les États africains d’intervenir et de conclure rapidement de nouveaux accords« , a-t-il ajouté.

L’Ukraine et la Russie, c’est 30% du commerce mondial de blé. Les tensions actuelles font donc craindre un grand bouleversement sur le marché des céréales. Le commerce du maïs pourrait aussi être affecté: l’Ukraine est devenue bien plus importante qu’elle ne l’était il y a quelques années, et occupe aujourd’hui la place de quatrième exportateur de grains jaunes avec 16% du commerce mondial. Les acheteurs d’huile de tournesol ont aussi de quoi s’inquiéter, l’Ukraine en est le premier exportateur mondial.

Selon lui, le plus grand danger auquel l’Afrique est confrontée est la hausse probable des prix du pain, la Russie et l’Ukraine fournissant environ 30 % du blé mondial.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s’est exprimé sur la chaîne TF1. Le président russe «Vladimir Poutine doit aussi comprendre que l’Alliance atlantique est une alliance nucléaire», a-t-il déclaré, en promettant aussi des sanctions européennes «spectaculaires» qui vont «taper au cœur» la Russie.

L’invasion de l’#Ukraine devrait s’inviter au #Salondelagriculture dans 2 jours. Pourquoi? L’huile de tournesol, le maïs, le blé. L’🇺🇦redevenait une puissance agri majeurehttps://t.co/THVoyEuoLK Pour comprendre les enjeux dans ce nouveau contexte > @RFI https://t.co/eO87ZnmyEM — Géraud BosmanDelzons (@Geraud_BD) February 24, 2022

Le Kenya s’inquiète également de l’impact que la guerre – et les sanctions financières à l’encontre de la Russie – pourraient avoir sur son industrie vitale du thé. La Russie figure parmi les cinq premiers consommateurs de son thé, ce qui aide le Kenya à gagner des devises étrangères.

« Le thé et les autres boissons sont classés dans la catégorie des produits alimentaires et ne devraient normalement pas être affectés par les sanctions commerciales« , a déclaré Edward Mudibo, directeur général de l’East Africa Tea Traders Association (EATTA).

Toutefois, il a ajouté que certains négociants ne veulent pas prendre le risque de voir la Russie exclue des systèmes de paiement internationaux.

Une présence russe en Afrique dans de multiples secteurs 


© TV5MONDE

Un article publié fin 2020 sur le site d’information économique La Tribune détaille les secteurs sur lesquels la Russie s’appuie pour se réimplanter économiquement sur le continent africain, au terme d’une parenthèse ouverte par la chute du bloc soviétique au début des années 90. La défense et la sécurité sont très loin d’être les seules spécialités russes en Afrique.

Le texte mentionne ainsi trois secteurs économiques sur lesquels s’appuie Moscou par le biais d’une galaxie d’entreprises publiques ou privées.

► Les hydrocarbures, à travers des entreprises comme Rosneft, Gazprom ou Lukoil présentes aussi bien au Maghreb qu’en Afrique subsaharienne.  ► Les mines et la métallurgie, via Rusal (dans les bauxites), Nordgold, Vi Holding dans le platine, Alrosa dans les diamants angolais ou encore Renova pour le manganèse sud-africain.  ► Le nucléaire, enfin, selon le site, est le troisième secteur où la Russie souhaite se développer en Afrique. « En Egypte, Rosatom a signé un accord pour construire une centrale nucléaire à El-Dabaa. Au Rwanda, elle doit construire un centre de recherches sur le nucléaire et un petit réacteur ». L’entreprise est également présente en Ethiopie, au Ghana ou encore en Zambie.  

L’article conclut que “les motifs économiques du déploiement de ces entreprises en Afrique et les considérations géopolitiques sont étroitement liés”.

Mais la présence économique russe ne se résume pas à ces trois secteurs. Moscou propose également des solutions informatiques comme MyOffice, présent au Cameroun ou en République démocratique du Congo, y compris au sein des administrations.

Les Russes s’illustrent aussi dans le secteur bancaire et ou l’agriculture, un business dans lequel elle a explosé ces dernières années. En 2017, Forbes Afrique racontait ainsi comment le blé russe s’était imposé sur le continent au dépens de partenaires traditionnels. Illustration au Sénégal ou au Cameroun où, en 2016, selon Forbes, la France était passé de 80% à 30% du marché alors que la Russie s’en était emparée de la moitié.

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