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Dossier / Algérie: 8 mars, la Journée internationale des femmes… Une journée pas comme les aut

Dossier / Algérie: 8 mars, la Journée internationale des femmes… Une journée pas comme les autres.

Les Nations Unies proposent chaque année une thématique mondiale. En 2021, la Journée internationale des femmes a donc pour thème : « Leadership féminin : Pour un futur égalitaire dans le monde de la Covid-19 ».

En Algérie,  la Journée internationale des femmes avait  pour thème : « «État civil, non militaire ». »

La répression en Algérie ne connaît pas de répit, pas même pendant la journée symbolique du 8 mars, où des femmes manifestant à Alger et dans d’autres villes ont été brutalement chargées par les forces de sécurité alors qu’elles scandaient l’inévitable slogan du Hirak pour un «État civil, non militaire ».

Il y a quelques jours, l’ONU a condamné l’Algérie pour arrestations arbitraires, torture, violences sexuelles, mais la répression contre les Hirakistes se poursuit en Algérie, et « au moins 2500 personnes ont été arrêtées ou détenues en relation avec leur militantisme pacifique. »  L’ONU a appelé les «autorités algériennes à cesser de recourir à la violence contre les manifestants pacifiques, à mettre fin aux arrestations et détentions arbitraires et à libérer immédiatement et sans condition tous ceux qui ont été arbitrairement arrêtés ou détenus pour avoir soutenu le Hirak, ainsi qu’à abandonner les accusations portées contre eux »

🇩🇿 #Algeria: We are very concerned about the deteriorating human rights situation and the continued & increasing crackdown on the #Hirak. We urge the authorities to stop using violence against peaceful protestors and cease arbitrary arrests & detentions 👉 https://t.co/SL3CikxN16 pic.twitter.com/k0HR0WyhRO — UN Human Rights (@UNHumanRights) March 5, 2021

Malgré les appels lancés par les ONG internationales et les associations de défense des droits de l’homme à l’Algérie, la répression ne s’arrête pas même lors de la journée symbolique du 8 mars.

هذا الباطار أمر بضرب النساء امس في مسيرة الحرائر بالعاصمة pic.twitter.com/10HpLt5vWI — ⵣ Algerian dzⵣ 🇩🇿 🇪🇭 🇵🇸 (@samgroom2) March 9, 2021

« Les femmes s’engagent, « +le système dégage+ ».

Des jeunes filles, des dames, des femmes âgées, avec ou sans voile, drapées pour la plus part de l’emblème national, battent le pavé en se dirigeant vers la grande poste et en scandant les slogans habituels de hirak: «dawle madania, machi askaria !» (état civil pas militaire), «qolna el îssaba t’roh !» (on a dit la bande doit partir), «djazaïr horra dimocratia !» (algérie libre et démocratique), ( pouvoir assassin).

Comme en écho à ce slogan, la foule, composée essentiellement de femmes, les femmes de tout âge et de toute condition, scandait: «ma djinache nahtaflou ya issaba, djina bach tarahlou ya îssaba!» (on n’est pas venus faire la fête, on est venus pour vous obliger à partir). on l’aura compris: ce 8 mars 2021 a les accents insurrectionnels et vient rappeler comme de juste que cette date symbolique, c’est avant tout un moment de lutte, une séquence d’une longue marche de la dignité pour les droits des femmes. »Vous ne nous faites pas peur avec la déchéance de la nationalité, nous avons été élevés dans le patriotisme« , ont-elle chanté.

Cette initiative du ministre de la Justice, Belkacem Zeghmati, a déclenché une levée de boucliers parmi les opposants politiques et les militants du Hirak qui y voient un moyen de contrôler la vaste diaspora algérienne.

Pour elles, le président Tebboune a été « placé par les militaires » qui détiennent tous les leviers du pouvoir dans le pays.

En outre, le défilé des femmes a aussi repris les slogans traditionnels du Hirak comme « Tebboune (ndlr: le président algérien) est arrivé (au pouvoir) par la fraude, il a été placé par les militaires » ou encore « Etat civil et non Etat militaire« . scandent les femmes face aux policiers qui leur bloquaient la route, bouclier et matraque en mains.

Pour rappel, les manifestations de la journée symbolique du 8 mars à Alger ont été sévèrement réprimées par les policiers.

La brave Femme Mme Baya a été tabassée par des policiers-voyous, ce 8 mars à Alger lors de la célébration de la journée internationale de la femme.



Arrestation de la militante Amira
اعتقال اختنا اميرة المرأة تقمع في عيدها بولاية سيدي بلعباس pic.twitter.com/yFIgzwqWmZ — ⵣ Algerian dzⵣ 🇩🇿 🇪🇭 🇵🇸 (@samgroom2) March 8, 2021

Cette réaction épidermique des troupes d’intervention est à mettre en lien avec les ordres donnés par l’homme fort du pays. Le général Said Chengriha avait en effet ordonné de cibler les meneurs des manifestations pour tenter d’endiguer le Hirak, qui a repris de plus belle avec les marches anti-régime organisées tous les vendredis et les manifestations des étudiants les mardis.

Quels changements pour les femmes sous l’administration coloniale ?

Le colonisateur qui déplore le sort des Algériennes va-t-il pour autant améliorer leur situation ? Examinons deux indices de statut qui nous permettront de répondre à cette question : la scolarisation et le droit de vote. En ce qui concerne la scolarisation, les lois Ferry, lois scolaires françaises rendant l’enseignement primaire obligatoire (1881) et gratuit (1882), sont étendues à l’Algérie en vertu du décret du 13 février 1883, mais omettent « momentanément » les filles musulmanes. À la veille de l’indépendance, dans les années 1950, seulement 4 % des filles scolarisables vont à l’école (10 % pour l’ensemble des enfants algériens et 97 % pour les enfants européens) alors qu’un « plan de scolarisation » a été lancé par le décret du 27 novembre 1944. Les quelques centres de formation ouverts notamment à l’occasion du Centenaire, en 1930, confinent les filles et les jeunes filles aux tâches ménagères (cuisine, repassage) ou artisanales (tissage de tapis, broderies…) et leurs effectifs sont symboliques. C’est ainsi que les centres Bons Pasteurs d’El Biar ou de Miserghin comptaient 125 filles, les Centres de formation familiale et ménagère de Bône (Annaba) 80 filles et de Philippeville (Skikda) 60 filles. Les filles sont exclues de la scolarisation, encore plus que les garçons : en 1962, à l’indépendance de l’Algérie, 90 % des femmes sont analphabètes. Le chapitre du droit de vote est tout aussi sombre : alors que c’est à Alger qu’est signée l’ordonnance du 21 avril 1944 qui accorde le droit de vote aux femmes françaises, les Algériennes en seront privées jusqu’au 28 septembre 1958 pour le scrutin constitutionnel. Pourtant l’article 4 de la loi du 20 septembre 1947 portant statut organique de l’Algérie est sans équivoque : « Les femmes d’origine musulmane jouissent du droit de vote. » Les modalités d’exercice de ce droit devaient être fixées par l’Assemblée algérienne qui débattra de la question seulement le 13 décembre 1949, après une proposition du député communiste René Justrabo datant du 2 décembre 1948. Les délais aussi bien que la teneur des débats révèlent les réticences du législateur à accorder le droit de vote aux Algériennes : « Ce projet […] semble […] difficile à réaliser dans certains cas. Par exemple celui des femmes musulmanes habitant des douars éloignés, ou celui des musulmanes dont les maris, non encore évolués, n’admettraient pas l’émancipation. »  Les travaux sur la question du droit de vote des femmes algériennes qui devaient se poursuivre n’ont jamais eu de suite. Du 16 mars au 3 avril 1953, à l’occasion de l’examen, par le Conseil économique et social de l’ONU, des recommandations établies par la Commission de la Femme, la France est critiquée pour ne pas assurer la mise en œuvre des droits politiques des femmes des territoires sous tutelle. Dans une note au ministre de l’Intérieur, Mme Lefaucheux, déléguée française lors de la 5e session du Conseil, alerte les autorités: « Il me semble, pour ma part, profondément regrettable, lorsque certains États de la Ligue arabe accordent aux femmes le droit de vote, de constater le manque d’intérêt manifesté par la France pour ses citoyennes musulmanes. Notre pays aurait avantage à faire preuve d’initiative dans ce domaine de l’évolution féminine que de nombreuses Algériennes étudient attentivement à travers une documentation émanant uniquement du Caire. » . Aucune réforme sérieuse n’est donc envisagée par l’administration coloniale pour améliorer le sort des Algériennes…⇒La suite

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