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Algérie: L’ex président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a vu le jour et a fait sa scolarité dans cette ville de l’Oriental marocain, avant de rejoindre les rangs du FLN. Retour sur l’enfance d’un ex chef d’État.

“Cadeau de janvier Ingratitude de février.”

Mensonge ou omission délibéré ? Peut-être les deux. Selon la biographie officielle disponible sur le site de la présidence algérienne, le président Abdelaziz Bouteflika, arrivé au pouvoir en avril 1999, a vu le jour le 2 mars 1937. Si la biographie mentionne la date de naissance du président, elle ne précise pas pour autant son lieu de naissance. Pourtant, Abdelaziz Bouteflika est né à Oujda, au Maroc où il a grandit avant de s’engager dans l’armée durant la guerre de libération. C’est que depuis son accession au pouvoir, les officiels ont établi une sorte de règle d’honneur de ne jamais révéler les origines marocaines d’Abdelaziz Bouteflika. Comme s’il fallait gommer toutes traces du passé de l’ancien ministre des Affaires étrangères sous Boumediene. Bref, nier l’évidence. Comme si admettre que Bouteflika soit né au Maroc, à Oujda, relevait d’une tare, d’une forfaiture. Sa biographie officielle, postée sur le site de la présidence, fait acte de foi : Abdelaziz Bouteflika est né « le 2 mars 1937 ». Sans plus ! Où ? La biographie ne le mentionne pas.

Bien sûr que Abdelaziz Bouteflika est natif d’Oujda, une ville frontalière entre le Maroc et l’Algérie. Né d’un second mariage entre Ahmed Bouteflika et Ghezlaoui Mansouriah, Bouteflika a grandi dans cette ville où son père possédait un commerce. Aîné de la famille, le jeune Abdelaziz était inscrit à l’école Sidi Ziane, un établissement qui fait face, encore aujourd’hui, au hammam dit «Jerda », un bain maure dont sa mère, décédée en juillet 2009, était gérante.

Cette photo a été prise lors de l’accueil émotionnelle et spontanée de la ville d’Oujda des frères algériens lors de la révolution de libération (1954-1962), et elle a été prise lors d’une cérémonie de mariage. À droite: Mme Mansouriya Ghazlawi (1916-2009), que les habitants d’Oujda connaissaient sous le titre (Yaya), la mère de l’ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika. Il faut noter que Mme Mansouriya Ghazlawi était en charge de la gestion de la salle de bain (Hadj Bousseef), président de la widadiya des algérien à Oujda, tandis que son mari, Ahmed Bouteflika, décédé en 1958, était son conseiller financier.

 Retour sur l’enfance d’un ex chef d’État.

Une fois sa scolarité achevée, Bouteflika a poursuivi son apprentissage scolaire à l’école des scouts de Hassania, toujours à Oujda, avant de parachever ses études au lycée Abdelmounen de la même ville, un établissement qu’avait également fréquenté l’ex-ministre de l’Energie, Chakib Khalil, lui aussi natif d’Oujda. Bouteflika a rejoint les rangs de l’ALN en 1956 avant même de décrocher son bac. La maison de la famille Bouteflika, située au numéro 6 de la rue Nédroma, à Oudja, est toujours en place bien que la bâtisse soit abandonnée depuis des lustres.

Avec son imposante façade couleur saumon, son pied de mur rehaussé de pierres de taille, ses fenêtres et ses portes en fer forgé, elle ne passe pas inaperçue. Située à l’angle de la rue Nedroma, dans le quartier dit des Algériens, cette villa de 350 m² avec patio, petit jardin et figuier a été restaurée il y a quelques années par le consulat d’Algérie à Oujda après avoir été longtemps laissée à l’abandon.

Les riverains en connaissent les propriétaires, mais ne les ont jamais vus y entrer ou en sortir. « C’est la maison de la famille Bouteflika, confirme le marchand d’œufs qui habite en face. De temps à autre, un homme vient relever le courrier et repart. Mais le président algérien n’est plus revenu ici depuis son élection. » Aucune plaque, donc, ni de nom sur la boîte aux lettres. Comme si la famille du chef de l’État algérien, aujourd’hui âgé de 77 ans, tenait à garder l’anonymat.

Omission volontaire ?

À Oujda, distante d’à peine 5 km de la frontière avec l’Algérie, il ne reste, hormis cette maison familiale retapée à grands frais, que peu de traces des Bouteflika et de ses proches. À croire qu’on n’a pas voulu ou pu perpétuer le souvenir de sa présence, ni de celle de sa famille ou de ses nombreux compagnons de la guerre d’Algérie – que l’on continue d’appeler le clan d’Oujda. La plupart de ses anciens camarades de classe ou de jeu ne sont plus de ce monde. Quant à ceux qui sont encore en vie, beaucoup ont la mémoire qui flanche ou refusent poliment de s’épancher sur le sujet.

Omission ou volonté de gommer ses origines marocaines, la biographie officielle du président algérien ne fait aucune référence à son lieu de naissance. Ni même ne mentionne le nom de cette ville. Certains biographes ont même réécrit l’histoire pour le faire naître à Tlemcen. Et s’il lui arrive encore d’évoquer, comme il le faisait souvent en présence de ses convives étrangers, son enfance et sa jeunesse à Oujda, il s’est toujours gardé d’aborder publiquement cette période de sa vie.

Pourtant, c’est au 6 rue Nedroma, le 2 mars 1937, qu’est né Abdelaziz Bouteflika, fruit du mariage en secondes noces d’Ahmed Bouteflika avec Mansouria Ghezlaoui. Originaire de Tlemcen – des milliers d’Algériens de Nedroma, Chlef, Maghnia, Mascara ou Msirda s’étaient installés dans l’Oriental marocain à partir de 1850, après la défaite de l’émir Abdelkader contre les Français -, son père était mandataire au marché d’Oujda.

Le père de Bouteflika décédera une année après la naissance de Saïd, dernier de la fratrie et  influent conseiller du président.

« Il donnait aussi un coup de main à Hadj Boussif, président de l’Amicale des Algériens de la ville, qui gérait un hammam, se souvient Ahmed Belal, 70 ans, ancien maquisard. Il était en quelque sorte son trésorier. » Si le hammam Boussif, situé à deux pas de la rue Nedroma, est toujours en activité, personne ne se souvient du passage du père de Bouteflika qui décédera une année après la naissance de Saïd, dernier de la fratrie et aujourd’hui influent conseiller du président.

De l’autre côté de la vieille médina, existe un autre bain maure, le hammam Jerda. Selon une légende tenace, la mère du président, décédée à Alger en juillet 2009 à l’âge de 93 ans, tenait la caisse dans l’aile réservée aux femmes. Mais là encore, ni les registres de cet établissement fondé en 1907 ni les clients qui le fréquentent ne gardent trace de sa présence dans ces lieux.

Mamma méditerranéenne

Typique mamma méditerranéenne, elle a beaucoup compté dans la vie de Bouteflika, qui lui vouait presque un culte au point de lui soumettre ses choix et ses décisions politiques. En 1994, elle lui avait déconseillé de prendre le pouvoir que les généraux lui avaient apporté sur un plateau, comme elle lui aurait suggéré de ne pas rempiler pour un troisième mandat en 2009. Sa sœur, Zhor, n’est pas en reste. Sage-femme de profession, elle a toujours pris soin de lui, lui mitonnant ses plats préférés et le veillant quand il aura à affronter la maladie.

À deux pas de ce fameux hammam Jerda se trouve Sidi Ziane, première école moderne, également fondée en 1907, juste après que la ville d’Oujda fut tombée aux mains des troupes du général Hubert Lyautey. C’est dans cet établissement, qui garde encore un cachet colonial avec son jardin et ses arbres fruitiers, qu’Abdelaziz Bouteflika fit ses premières classes, au milieu des années 1940, à l’instar de certaines personnalités, comme l’ancien Premier ministre du roi Hassan II Ahmed Osman, le philosophe Mohamed Allal Sinaceur ou l’économiste Aziz Belal, qui donnera plus tard au futur chef de l’État des cours d’économie.

« Bouteflika était un élève appliqué, se souvient El Hadj Belal, 71 ans, qui partage maintenant sa vie entre Oujda et Oran. Il a appris le Coran, maîtrisait l’arabe et le français, sans pour autant négliger le foot, sa grande passion. » Il faisait aussi du théâtre au sein de la troupe de l’école. Porté sur la religion, le jeune Bouteflika fréquentait assidûment la zaouïa de la tariqa (« voie ») Qadiriya, située à deux pas de Sidi Ziane. Ainsi s’explique, selon certains, le grand intérêt que portait l’ex chef de l’État algérien aux zaouïas, ces confréries religieuses qui le soutiennent depuis son accession au pouvoir, en 1999.

Originaire de Tlemcen, le père du président, Ahmed Bouteflika était mandataire au marché d’Oujda.

« Bouteflika était un brillant lycéen, charmeur, toujours bien sapé et politiquement engagé« , se rappelle Mohamed, enseignant à la retraite, vieille connaissance de Chakib Khelil, ami d’enfance de Bouteflika et ancien ministre de l’Énergie tombé en disgrâce. « Ses yeux bleus lui viennent de son père, qui avait le même regard d’acier, se souvient l’ex-ministre Abdelhamid Temmar, autre natif d’Oujda. C’était un intellectuel, le seul d’entre nous à avoir choisi philo. Je me rappelle qu’il n’avait que peu de goût pour le sport. Il se faisait dispenser de gym chaque fois qu’il le pouvait. Seul le foot l’intéressait. C’était un très bon arrière gauche. »

C’est au lycée Abdelmoumen d’Oujda, qui a vu défiler la crème de la future élite oujdie, que Bouteflika, à l’époque membre de la cellule de l’Istiqlal, parti nationaliste marocain d’Allal El Fassi, a achevé son cursus scolaire.

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