Afrique: Les USA suspendent leur aide financière au Burkina Faso

L’Afrique de l’Ouest dans la spirale des putschs militaires

Après le Mali en août 2020 puis en mai 2021,  la Guinée en septembre, le Burkina Faso le 24 janvier et le le dernier putsch manqué en Guinée-Bissau.

A Bamako, le colonel Assimi Goïta a mis en avant la déliquescence du régime en place pour justifier le renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta ; à Conakry, capitale de la Guinée, le colonel Mamadi Doumbouya a évincé Alpha Condé moins d’un an après que ce dernier a été réélu pour un troisième mandat très contesté ; à Ouagadougou, le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba a pu s’appuyer sur « l’incapacité manifeste du pouvoir de M. Roch Marc Christian Kaboré » dans la lutte contre les groupes djihadistes pour expliquer son coup à ses concitoyens.

Les USA suspendent leur aide financière au Burkina Faso

La Millennium Challenge Corporation (MCC), une agence américaine indépendante qui fournit des subventions et de l’aide aux pays qui respectent les normes de bonne gouvernance, a déclaré que sa décision était due au soulèvement contre le président Roch Marc Christian Kabore.


Une agence gouvernementale américaine a annoncé lundi qu’elle suspendait une aide de 450 millions de dollars au Burkina Faso, où des soldats mutinés ont renversé le président démocratiquement élu la semaine dernière.

La Millennium Challenge Corporation (MCC), une agence américaine indépendante qui fournit des subventions et de l’aide aux pays qui respectent les normes de bonne gouvernance, a déclaré que sa décision était due au soulèvement contre le président Roch Marc Christian Kabore.

« Les militaires du Burkina Faso affirment avoir suspendu la Constitution et dissous le gouvernement et l’assemblée nationale« , a déclaré l’agence dans un communiqué. « Ces actions sont en contradiction avec l’engagement de la MCC en faveur de la gouvernance démocratique et du respect de l’État de droit, principes qui sous-tendent les critères rigoureux de sélection de l’agence. »

In today’s briefing, @StateDeputySpox took questions on Afghanistan, Russia, Ukraine & the situation in Burkina Faso: “We condemn the actions by military officers who claim to have dissolved the government/national assembly and suspended the constitution.” https://t.co/FBmkZI9He0 — Department of State (@StateDept) January 29, 2022

Moyens anticonstitutionnels

L’administration Biden n’a pas encore décidé si les événements au Burkina Faso équivalaient à un coup d’État, la suspension de l’aide de l’agence étant la première action prise par les États-Unis. En vertu de la loi américaine, si le département d’État détermine qu’un gouvernement démocratiquement élu a été évincé par des moyens anticonstitutionnels, toute l’aide non humanitaire des États-Unis doit être suspendue.

Le porte-parole du département d’État, Ned Price, a déclaré que les États-Unis étaient toujours en train d’évaluer la situation, mais qu’entre-temps, ils avaient décidé de suspendre la plupart des aides. « Il est trop tôt pour entrer dans les détails, mais nous avons demandé à tous les acteurs de faire preuve de retenue pendant que nous examinons attentivement les événements pour déterminer les impacts potentiels sur notre aide« .

Assistance militaire

L’ambassadrice des États-Unis au Burkina Faso, Sandra Clark, a déclaré à l’Associated Press que les États-Unis demandaient la libération de Roch Marc Christian Kabore et des autres personnes détenues et le retour à l’ordre constitutionnel dans le pays.

Les États-Unis sont le plus grand donateur international, avec près de 213 millions de dollars en 2020. En plus de l’aide humanitaire et de l’aide au développement, ils fournissent une assistance militaire telle que le soutien aérien, la surveillance et le renseignement aux forces françaises, qui sont intervenues contre les djihadistes au Sahel, et une formation intermittente aux forces de sécurité du Burkina Faso.

Dans un communiqué du Département d’État des États-Unis Bureau du porte-paroleSoutien des États-Unis aux mesures de la CEDEAO et de l’Union africaine concernant le Burkina Faso

Les États-Unis soutiennent les mesures annoncées par l’Union africaine le 31 janvier et les actions mises en œuvre par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) le 28 janvier pour la défense de la démocratie et de l’État de droit au Burkina Faso. Bien que sensibles au sort du peuple burkinabè et des forces de sécurité, nous partageons les préoccupations exprimées par les dirigeants africains s’agissant des actions des responsables militaires au Burkina Faso, principalement la suspension de la constitution et la destitution du président et de l’Assemblée nationale démocratiquement élus. Bien que certains éléments de la constitution aient pu être rétablis, les prises de pouvoir extraconstitutionnelles érodent la légitimité de la gouvernance et limitent la capacité des États-Unis et d’autres partenaires internationaux à aider le pays à faire progresser la paix et la sécurité. Nous attirons l’attention sur l’appel de la CEDEAO à la libération du président Roch Marc Christian Kaboré et des autres membres du gouvernement injustement détenus, et au retour à l’ordre constitutionnel au Burkina Faso. Nous attendons avec impatience les rapports des missions au Burkina Faso du Comité des chefs d’état-major de la CEDEAO et de la mission ministérielle conjointe de la CEDEAO.

Renforcement des institutions

« La situation est très instable pour le moment et il est peu probable que les putschistes obtiennent l’approbation ou le soutien de la communauté internationale« , avance Elizabeth Shackelford, chargée de recherche en politique étrangère américaine au Chicago Council on Global Affairs et ancienne diplomate américaine.

Affirmant que le soutien militaire n’a pas amélioré la situation, elle est d’avis que les États-Unis et leurs partenaires devraient consacrer plus de temps et d’argent au renforcement des institutions afin de favoriser la démocratie dans une région en proie à des coups d’État.

Le gel de cette aide financière intervient après que la suspension du Burkina Faso de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine (UA).

Violence djihadiste

Une délégation de la CEDEAO s’est rendue dans le pays en début de semaine pour demander aux chefs militaires de revenir rapidement à l’ordre constitutionnel. D’autres décisions de l’organisation sont attendues après un sommet prévu jeudi au Ghana.

Le nouvel homme fort du Burkina Faso, le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, est arrivé au pouvoir en promettant d’endiguer la violence djihadiste qui a fait des milliers de morts et déplacé près de 1,5 million de personnes. Cependant, il n’a pas détaillé ses plans pour mieux combattre les djihadistes que le gouvernement précédent.

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