Afrique du Sud / Xénophobie: Ramaphosa dénonce le soutien de l’ANC à l’opération Dudula

Depuis janvier, un mouvement baptisé Opération Dudula, qui signifie « refouler » en zoulou, monte en puissance.

En Afrique du Sud, la récente sortie du président Cyril Ramaphosa sur l’Opération Dudula, ou refouler en zoulu qui vise tout particulièrement les étrangers vivant illégalement en Afrique du Sud, ne cesse d’attiser les critiques à son encontre surtout dans son propre camp le Congrès National africain, ANC.


À la fin d’une réunion de son parti, à Mpumalanga le week-end dernier, Cyril Ramaphosa a condamné les actions de l’Opération Dudula, la qualifiant d’organisation de « type justicier » dont les actions sont illégales et risquent de se solder par un bain de sang. Selon le chef de l’Etat, ces mouvements d’autodéfense échappent souvent à tout contrôle et se transforment toujours en violence gratuite contre d’autres personnes.


Une appréciation différente de celle du porte-parole du parti, Pule Mabe. Dans les colonnes du Mail & Guardian il avait soutenu ouvertement les actions du mouvement ajoutant que « le parti au pouvoir se félicitait de ses activités ».

Le groupe, basé dans le township de Soweto, à la périphérie de Johannesburg, attribue le taux de criminalité élevé aux sans-papiers, qu’il accuse également de priver les Sud-Africains de leur emploi et de faire baisser les salaires.

Depuis janvier, le mouvement Dudula monte en puissance. Des manifestations pour « défendre l’avenir des Sud-Africains » rassemblent parfois des milliers de personnes réclamant que les travailleurs migrants soient licenciés dans plusieurs villes. Le 31 mars dernier, dans le quartier de Hillbrow, où vivent de nombreux migrants africains, les commerces étaient restés fermés et plusieurs étrangers rasaient les murs pour échapper les protestataires qui défilaient dans les rues de ce quartier.

Ramaphosa dénonce le soutien de l’ANC à l’opération Dudula

Cyril Ramaphosa a condamné les actions de l’opération Dudula, la décrivant comme une organisation de « type justicier » dont les actions sont illégales et risquent de se terminer par un bain de sang.

Ramaphosa a déclaré que l’ANC au pouvoir « ne peut pas soutenir » l’organisation, qui organise des marches violentes contre le crime et la migration dans différentes parties de Johannesburg avec une régularité croissante.

Le président l’a fait quelques jours seulement après que le porte-parole du parti, Pule Mabe, a approuvé la semaine dernière les actions de l’opération Dudula et a déclaré à Mail & Guardian que le parti au pouvoir se félicitait de cette activité.

Le chef de Dudula, Nhlanhla « Lux » Dlamini, est en liberté sous caution après avoir été arrêté pour l’agression d’un homme de Soweto lors d’une marche du groupe d’autodéfense au cours de laquelle les habitants ont été chassés de chez eux. Ramaphosa a fait son intervention après s’être adressé aux délégués à la conférence provinciale de l’ANC à Mpumalanga, disant qu’il était préoccupé par la montée de l’opération Dudula et ses actions illégales.

Nhlanhla « Lux » Dlamini libre

Ces rassemblements de plus en plus fréquents ont engendré des tensions et plusieurs violentes agressions qui avaient entraîné l’arrestation du chef de l’opération Dudula, Nhlanhla « Lux » Dlamini. Il est depuis en liberté sous caution après avoir été arrêté pour l’agression d’un homme de Soweto lors d’une marche du groupe d’autodéfense. Les adeptes du mouvement dénoncent la présence des immigrants illégaux dans les supermarchés.

Une violence xénophobe accentuée selon plusieurs par la double crise sanitaire et économique. En mars dernier, l’agence sud-africaine des statistiques a dévoilé le taux de chômage, qui a atteint un nouveau record de 35,3 % au quatrième trimestre 2021, contre 34,9 % au troisième trimestre. Les causes : les pertes d’emplois principalement dans l’industrie manufacturière et la construction.

Le nombre de chômeurs s’élevait à 7,921 millions de personnes sur la période octobre-décembre, contre 7,643 millions de personnes au cours des trois mois précédents a ajouté l’agence.

L’Afrique du Sud est régulièrement mise au ban pour la multiplication des agressions racistes. En 2015 puis en 2019, un mouvement similaire avait visé en particulier les Nigérians, ils seraient environ 100 000 à vivre dans le pays. En mai 2008, plus de 60 personnes sont mortes dans des attaques xénophobes.

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